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Voilà 72 millions pour la rénovation !
(21 décembre 2016)


Trois ans ont passé depuis la création d’unibastions.ch. Notre objectif a été de défendre les Lettres, notamment en obtenant une rénovation des bâtiments universitaires. Dans un premier temps, l’Etat n’a pas jugé nécessaire de remettre les Bastions dans le plan décennal des investissements, jugeant le cas non prioritaire. Nous avons obtenu 1 million de francs en 2015 de la part de l’Etat, de l’argent qui a servi à repeindre les murs des salles de cours et à réparer ou cacher les plus grosses dégradations du bâtiment. Entre-temps, le rectorat a changé : Jean-Dominique Vassalli a été remplacé par Yves Flückiger. Ce dernier a dès le début mentionné que la rénovation des Bastions était l’une de ses priorités et il semble que cela soit en train de se réaliser.
En effet, la rénovation complète a été officialisée par le vice-recteur Jean-Marc Triscone au cours de la remise des diplômes des Lettres de fin novembre 2016. Il y aurait donc 72 millions de francs qui seront consacrés à la rénovation des Bastions, une rénovation qui commencera en 2017 ou en 2018 (sous réserve de la votation du Grand Conseil sur la loi afférente).


Résumé de la situation

À Genève, les facultés de Lettres et de Théologie sont abritées par les bâtiments universitaires du parc des Bastions. En outre, l’université occupe d’autres locaux dans des immeubles voisins, ainsi que le bâtiment des Philosophes rénové il y a peu suite à un incendie.



Capture d'écran du sujet passé sur RTS 1 A part les Philosophes, les lieux sont dans un très mauvais état. Pas besoin de les fréquenter fréquemment pour s'en rendre compte, il suffit d’un simple regard dans les bâtiments pour remarquer que des plafonds sont troués, que de la peinture se détache des murs et que certains endroits du bâtiment sont très mal isolés du froid. Mais le problème n’est pas uniquement dans le bâtiment en lui-même, on observe également une mauvaise configuration des salles et des bibliothèques, des ordinateurs qui restent trop longtemps en panne, des néons qui clignotent pendant plusieurs semaines avant d’être réparés, des salles de cours nettoyées peu fréquemment, des WC et des lavabos hors-service ou encore une cafétéria minuscule. Le Conseil d’État de Genève est au courant que des travaux sont nécessaires. Il promet à l’université de débloquer des fonds depuis bien longtemps, mais il traîne à mettre les choses en place. En 2010, Mark Müller et Charles Beer présentaient un projet visant à rénover l’aile Jura, les Bastions et les Philosophes. Mais en octobre 2013, la décision de commencer la restauration des lieux a été repoussée aux années 2020. La rénovation des Bastions ne figure donc pas dans le plan décennal des investissements.

Panneau indiquant qu'il n'y a plus de lumière et qu'il faut utiliser une lampe de poche
Nous avons pendant plusieurs années supporté ce rythme de vie, mais ce dernier ajournement a été de trop et c’est lui qui a été la principale cause de la création de ce site web. Nous sommes conscients des contraintes budgétaires auxquelles doit faire face l’État, mais nous n’approuvons pas la manière dont il gère ses priorités. Il a fallu qu’un incendie se déclare dans le bâtiment des Philosophes, déjà extrêmement vétuste, pour que ce bâtiment soit rénové. Nous n’aimerions pas qu’Uni Bastions soit victime du même abandon. Nous craignons malheureusement que ce soit ce qu'il est en train de se passer…

De plus, ce contexte d’étude donne une image négative de la ville de Genève et des études de Lettres. N’oublions pas que le complexe est proche de la vieille ville, du mur des Réformateurs, de la Place-Neuve et qu’il se situe sur le parcours des lieux que l’on visite à Genève quand on s’y rend en touriste. Il en va de même pour les étudiants venant de l’étranger ou d’autres cantons de Suisse qui sont souvent étonnés de pouvoir confirmer concrètement le cliché selon lequel les Humanités et la Culture passent toujours après les autres. Cette dégradation a certainement un impact sur les étudiants et leur future vie professionnelle, car leurs études sont très souvent associées à des stéréotypes qui peuvent leur porter défaut : « À qui donne-t-on de l’argent ? À ce qui fait rapporter et qui est utile. Pourquoi ne donne-t-on pas de l’argent aux Lettres ? Sûrement parce que cela ne rapporte pas et que c’est inutile. Alors pourquoi engager un étudiant de Lettres ? S’il a étudié dans un bâtiment autant délabré et que la société n’investit pas dans une rénovation, n’est-ce pas parce qu’il n’y a pas de futur dans cette voie ? ». Des remarques sur l’inutilité des études de Lettres, chaque étudiant en a été témoin plusieurs fois durant ses études. Pourtant ces arguments ne sont pas fondés, la faculté des Lettres est en effet une des plus peuplée de l’université de Genève. Ces personnes sortent toutes un jour de l'université pour intégrer le monde professionnel, et elles font déjà partie de la société, la forment, l’informent, l’influencent ou la dirigent.

Trou dans le plafond L’origine du problème n’est pas tant que nous n’ayons pas droit à des travaux, mais bien que les occupants des Bastions aient été délaissés et qu’ils sont moins considérés par la politique de l’État, au profit d’autres projets plus « urgents ». Nous pensons que c'est de la Culture, de la Science et des Humanités qu'il faudrait justement s'occuper de manière urgente étant donné qu'elles sont de plus en plus délaissées à notre époque. Une société avec moins de Culture et de formation à l’esprit critique, c’est certainement aussi une société moins humaine et moins libre.

Ce site web a été lancé par deux étudiants de master. Il a pour principale vocation d’élever la plainte à une autre échelle. Nous voulons centraliser cette frustration, l’ancrer dans le temps, pour qu’elle puisse être lue et non seulement écoutée dans des discussions. C’est aussi et surtout un combat pour l’image des Lettres. Car s’il est vrai que c’est un endroit où les étudiants ont souvent une idée assez vague de leur avenir professionnel, c’est principalement parce qu’on ne leur renvoie pas une image positive de leurs études qu'ils doutent ; cela ne s’arrange pas en étudiant dans le bâtiment le plus pourri du patrimoine immobilier universitaire. Et cela est vraiment dommage, car quiconque discute avec un étudiant de Lettres pourra s’apercevoir que les étudiants n'entreprennent pas ce cursus uniquement pour obtenir un papier, mais principalement par soif de connaissance du monde et de soi, par passion et par intérêt. En documentant la situation, nous souhaitons ainsi informer et sensibiliser pour susciter la réflexion sur le futur des études en Lettres. Enfin, ce site web est un dossier numérique qui une fois complété servira certainement à appuyer d'autres actions.